L’île Seguin stimule les talents littéraires par Grand Paris et petit détours

Posted by on Oct 29, 2011 in Actualité | Commentaires fermés sur L’île Seguin stimule les talents littéraires par Grand Paris et petit détours

L’île Seguin stimule les talents littéraires

Comme on pouvait s’y attendre, les recours gracieux déposés par huit associations contre le projet d’aménagement de l’île Seguin, ont été rejetés par le maire Pierre-Christophe Baguet. Il rejette en particulier leur demande de retour au PLU antérieur, qui prévoyait déjà plus de surfaces construites que dans les promesses de la campagne municipale (177 000 m2 contre 110000 m2), mais quand même moins que dans le projet actuel (310 000 m2, dernière version).

Dans la lettre du 8 octobre où il signifie ce refus, le maire justifie ainsi  sa décision: «Il s’est avéré qu’une telle dédensification était incompatible avec les dépenses déjà engagées pour l’île Seguin et la nécessité d’équilibrer financièrement cette opération». On ne peut pas lui donner tort. Il est certain que si la Société d’économie mixte d’aménagement, la Saem Val-de-Seine, veut combler les pertes qu’elle accumule de mois en mois, elle a intérêt à vendre beaucoup de mètres carrés de « charges foncières ». Pour le moment, les preneurs ne sont pas encore là. Et côté calendrier, les choses risquent de se compliquer si les associations introduisent des recours contentieux, autrement dit si elles vont en justice, comme elles l’ont annoncé.

En attendant, cette pauvre île continue d’inspirer des littérateurs. Après « Les contes fantastiques de Paulette de la Brosse », assez réjouissante chronique de la vie locale, voici un autre texte, « Vaisseau fantôme ou bateau ivre? » sous-titré « Les diverses possibilités d’une île ». Gilbert Veyret, son auteur, est consultant dans un cabinet de conseil en développement territorial et habitant de Boulogne. N’ayant ni site ni blog, je lui offre l’hospitalité pour quelques extraits de ce texte, écrit cet été avant les épisodes récents. Donc, voici:

«Il était une fois, un grand projet d’aménagement sur un site magique. Siège de la culture automobile, lieu de la mémoire ouvrière, vaisseau de pointe du Grand Paris, cette ile urbaine était celle de tous les superlatifs. Elle devait inspirer les plus grands créatifs, attirer les promoteurs les plus soucieux de leur retour sur investissement, satisfaire les plus grandes exigences environnementales et répondre aux aspirations culturelles du plus grand nombre.

On s’était insurgé, à l’époque, contre l’impudence d’un Premier Ministre qui prétendait, au mépris des lois de décentralisation, qu’un tel aménagement dépassait les compétences des collectivités locales et nécessitait un pilotage par l’Etat.  Hélas, les faits lui ont, en grande partie, donné raison.

Vingt ans plus tard, au gré de vicissitudes administratives et turpitudes électorales, ce navire amiral était toujours encalminé. Il n’avait vu que l’implantation d’un cirque dont personne n’osait en faire la métaphore de la situation politique qui avait conduit à cette panne.  Une Fondation privée d’art contemporain avait choisi de s’implanter dans le cadre plus serein de la Sérénissime Venise, de préférence à ce site moderniste ; ses promoteurs ayant fait le pari que la destruction inéluctable de la Cité des Doges par la montée des eaux, n’interviendrait guère plus tôt que les autorisations administratives requises en France.

Un projet, assez cohérent, reprenant l’essentiel du précédent, semblait pourtant connaître un début d’exécution, quand une nouvelle équipe municipale dénonça vertueusement le schéma d’aménagement retenu, jugé trop dense et trop coûteux.  Elle se fit élire sur la base d’une vision plus conviviale, plus écolo, privilégiant les guinguettes au bord de l’eau, les promenades champêtres et la culture pour tous.

Les précédents investisseurs, ne voulant pas être des enjeux de ces débats politiciens, furent assez heureux de s’en dégager à bon compte, en pleine crise économique. Ce fut particulièrement vrai pour une Université américaine qui comprenait mal ces querelles de Gaulois et pour un hôtel dont le permis de construire avait été attaqué en tribunal administratif par ceux-là mêmes qui étaient devenus, depuis, responsables de ce programme.

Passée l’euphorie des élections, il fallut bien proposer une alternative qui ne soit pas seulement dédiée à de bucoliques ballades virginales, au milieu de statues, mais couvre aussi les frais et les intérêts des emprunts, engagés par la société d’aménagement.Faute de pouvoir montrer assez rapidement des réalisations, on bâtit des discours, passablement illustrés, sur ce qu’on en attendait. Le buzz médiatique se répandait plus rapidement et coûtait moins cher que le béton. Il est aussi plus facilement réversible. On fit appel, pour cela à un des architectes conceptuels les plus talentueux du moment. (…)

Les plans mirifiques que le maire et l’architecte commentèrent abondamment, dans de nombreux médias, révélaient toutefois un léger hiatus. Ils prévoyaient une surface bâtie triple de celle sur laquelle l’équipe municipale s’était fait élire et pas loin du double de celle sur laquelle la précédente municipalité avait été battue ! Outre des équipements culturels, toujours hypothétiques, il s’agissait essentiellement de bureaux et d’un hôtel qu’on pourrait qualifier d’altitude, vue la hauteur du bâtiment prévu. (…) Mais là encore des mots, bien choisis, servaient à mieux masquer les choses. La carte était toujours plus belle que le territoire qu’elle était censée représenter.

Le grand architecte décida de les baptiser « châteaux », comme des superstructures d’un navire, pour leur ôter toute connotation avec un passé architectural fortement contesté. A une légère différence près. D’habitude les cargaisons sont solidement arrimées sur des vaisseaux qui fendent la mer. Dans ce cas d’espèce, l’ile avait peu de chances de bouger, mais ses voies d’accès avaient toutes chances d’être embouteillées et ses occupants de se sentir en cale sèche.

Mais un nombre croissant d’habitants et de riverains se demandaient si cela valait vraiment la peine de s’exciter sur une élucubration très théorique qui n’avait que peu de chances de voir le jour. La perspective de plusieurs recours contentieux, la non conformité manifeste de ce nouveau plan de localisation urbaine avec les principales dispositions des schémas régionaux d’aménagement qui avaient reçu force de loi, repoussaient les premiers coups de pioche aux calendes. (…)

Cela n’allait sûrement pas lever les hésitations des professionnels d’un marché, passablement saturé, de l’immobilier de bureau de l’ouest parisien. Ni rassurer les créanciers de la société d’aménagement qui voyaient ainsi repousser, de projet en projet, les perspectives de vente de droits à construire sur des terrains devenus aussi économiquement marécageux.

Sans doute faudrait-il attendre encore la prochaine intervention d’un architecte encore plus génial ou d’un véritable démiurge, capable de sauver la mise à un maire aux abois, en lui démontrant que la seule façon de couvrir les charges dues aux retards accumulés, serait de perpétuer cette fuite en avant, en doublant à nouveau, les surfaces à bâtir, en hauteur, en sous-sol ou sur pilotis.

On pourrait aussi lui suggérer de revendre ces terrains à un constructeur automobile chinois ou indien, exploiter les gaz de schistes que cinquante années de production automobile avaient probablement enfouis dans le sous sol ; faire payer un droit d’octroi aux bateaux mouches et péniches, attirés par la beauté du site ; construire une tour si haute, si magique qu’elle remplacerait avantageusement la Tour Eiffel et serait visitée par des millions de touristes chaque année. Créer le premier centre mondial d’études et de retours d’expériences des projets échoués. Il attirerait les politiques, universitaires, chercheurs du monde entier, soucieux de bien comprendre les diverses façons infaillibles pour planter un projet.

Mais, qu’importe le projet, pourvu qu’on en maîtrise la communication !»

vu sur :

http://grandparis.blogs.liberation.fr/vincendon/2011/10/lile-seguin-stimule-les-talents-litteraires.html


Read More

Ile Seguin : la ville rejette les recours gracieux!

Posted by on Oct 26, 2011 in Actualité | Commentaires fermés sur Ile Seguin : la ville rejette les recours gracieux!

Le maire de Boulogne vient d’annoncer aux associations qu’il ne souhaitait pas revoir à la baisse le plan d’aménagement de l’île Seguin. Celles-ci préparent déjà la riposte.

C’est non! Par une lettre adressée à leur avocat, les huit associations qui avaient présenté un recours gracieux, le 5 août, à l’encontre de la révision simplifiée du plan local d’urbanisme de Boulogne — lequel permet 310000 m2 de constructions sur l’île Seguin — viennent d’enregistrer un refus du député-maire (UMP), Pierre-Christophe Baguet.

 L’élu a attendu la toute fin du délai de deux mois qui lui était imparti pour donner sa réponse.

 

Dans son courrier, en date du 8 octobre, Pierre-Christophe Baguet expose à nouveau qu’il ne peut pas tenir son engagement électoral de dédensifier les 175000 m2  prévus par le précédent plan local d’urbanisme. « Il s’est avéré qu’une telle dédensification était incompatible avec les dépenses déjà engagées pour l’île Seguin et la nécessité d’équilibrer financièrement cette opération », explique l’intéressé. Et d’enfoncer le clou : le projet de révision simplifiée du PLU, soumis à enquête publique, prévoyait une constructibilité de 337000 m2.

Celle-ci « a été réduite à 310000 m2  pour tenir compte des observations émises au cours de la concertation préalable et de l’enquête publique, relève Pierre-Christophe Baguet, étant rappelé qu’il s’agit d’une constructibilité maximale ».

Dans sa missive, le député-maire réfute le fait qu’il y aurait une incompatibilité de cette révision simplifiée avec le schéma de cohérence territoriale des Coteaux et de Val de Seine. En clair, les associations estiment que le projet de tours de Jean Nouvel boucherait la vue depuis les coteaux de Meudon. Faux, répond le maire, rappelant que les options d’aménagement ménagent « des liens visuels » et des « perspectives » entre l’île et les berges.

Les associations de riverains et de défense de l’environnement ont donc décidé d’organiser la riposte : jeudi 3 novembre, à 19h30, elles organisent un débat sur le thème « L’île Seguin sur le devant de la Seine » au complexe Landowski de Boulogne-Billancourt. Et envisagent sérieusement de déposer un recours contentieux devant le tribunal administratif de Cergy (Val- d’Oise). Recours qui, compte tenu des délais d’instruction, pourrait encore reculer d’un an tout projet de construction sur l’île Seguin, à un moment où l’aménagement de cette ancienne usine Renault fait débat jusqu’au conseil général des Hauts-de-Seine.

Vendredi dernier, le conseiller général socialiste Luc Bérard de Malavas a interpellé le président,Patrick Devedjian, en séance sur le sujet. L’élu réclamait un débat public au motif que le conseil général a cautionné à hauteur de 30 M€ un emprunt contracté par la société d’aménagement et d’économie mixte en charge de la reconversion des ex-terrains Renault. Sur ce point précis, le patron du département ne s’est pas précisément positionné. En revanche, il a confirmé publiquement qu’il ne rétrocéderait pas une parcelle de terrain qui aurait pu permettre la construction d’une des cinq tours prévues dans le projet de Jean Nouvel, arguant « avoir besoin de tout le foncier » pour construire l’ensemble musical du conseil général sur la pointe aval.

 

 

Read More

Ile Seguin : Sondage, Cirque, et Contribuable

Posted by on Oct 23, 2011 in Actualité | Commentaires fermés sur Ile Seguin : Sondage, Cirque, et Contribuable

 

« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent » disait un homme politique des années 60 célèbre pour ses retournements de veste.

M. Baguet, maire de Boulogne-Billancourt, adepte du retournement de veste, n’en finit plus de se dépêtrer de la trahison totale de ses promesses électorales concernant l’ Ile Seguin.

Rappelons qu’il entend la plomber de 5 tours, et de 310 000m2 de béton, alors qu’il avait promis pour être élu de s’opposer au bétonnage, et de réduire les droits à construire a 110 000m2.

Après avoir invoqué desraisons financières (1), puis la nécessité de densification, ce que nous avons dénoncé ici (voir rubrique Actualité), M. Le Maire nous fait le coup du sondage. Il vient de commander à IPSOS un sondage sur l’Ile Seguin. Ce ne serait donc pas la girouette-Maire qui tournerait, mais le vent de l’opinion.

La ficelle est énorme, M. Baguet, car pour se prononcer les citoyens ont besoin de connaitre le dossier. Cela supposerait que :

–          Les habitants aient été correctement et honnêtement informés. Ce n’est pas le cas, vous  leur avez sciemment caché la vérité.

  • Voir notre rubrique :
  •  http://www.sauvonslileseguin.com/comment-on-a-cache-la-verite-aux-citoyens/

–          En outre, vous déversez votre propagande aux frais des contribuables Boulonnais avec d’énormes moyens, cumulant l’argent de la Mairie, et de la Société d’Aménagement  que vous contrôlez entièrement. Votre journal d’information, BBI, est devenu la Pravda de l’Ouest Parisien.

Vous entendez, M. Baguet, massacrer pour toujours un site d’exception, emblématique du Grand Paris. Nous vous demandons d’avoir enfin du courage : ouvrir un véritable débat démocratique, contradictoire, dans les colonnes du BBI, sur vos sites internet et à travers  tous les moyens colossaux de communication que vous engagez déjà, et que vous vous apprêtez à engager encore plus, si nos informations sont exactes. En échange, M. le Maire, nous sommes prêts à ouvrir les colonnes de notre site associatif et citoyen à votre point de vue.

Nous vous demandons d’étendre ce débat aux communes riveraines de la Seine, Issy-les-Moulineaux, Meudon, Sèvres, Saint-Cloud, dont les habitants sont en première ligne sur ce projet qui entend détruire leur cadre de vie.

M. Baguet, chiche pour un vrai débat démocratique et citoyen, doté de la publicité qui conviendrait ?

En attendant, vous renouvellez la pratique politique des empereurs romains, grands démocrates, en appliquant leur maxime « Panem et Circenses », littéralement donner au peuple du Pain et des Jeux du Cirque, pour l’endormir. Pour occuper le vide de l’Ile Seguin, le bon peuple boulonnais est invité aux plaisirs éphémères : le Pain, en l’occurrence le restaurant branché « les grandes tables de l’Ile Seguin », et les jeux du cirque, puisque le Cirque de Soleil succède à Madonna Bouglione. Vous pourrez aussi jouer aux petites voitures, avec le circuit installé sur l’ile. Tout cela coute cher au contribuable boulonnais (150 000€ pour la seule Madonna Bouglione dont le spectacle n’a été rempli qu’à coup d’invitations gratuites), mais pourquoi pas ? Nous ne nous opposons ni au restaurant, ni au cirque, mais bien au bétonnage massif et aux 5 tours de bureaux.

Contribuables boulonnais, dormez en paix. Votre maire ne connait pas la crise : entre la propagande, les sondages, et les dépenses éphémères et ludiques, il dépense votre argent à vous endormir

Réveillons-nous !

L’Association des Riverains de l’Ile Seguin

Pour alimenter un vrai débat :

http://www.sauvonslileseguin.com/le-debat/

(1)    Concernant notre article sur les finances de la Ville, il s’est glissé une erreur. PCB n’était pas conseiller municipal de 2001 à 2008, et c’est en tant que représentant du Conseil Général qu’il siégeait au conseil d’administration de la SAEM. Il n’en demeure néanmoins totalement exact qu’en cette qualité, il ne pouvait rien ignorer des finances du projet.

Read More

Ile Seguin : Rejet des recours, l’argument fallacieux de la densification

Posted by on Oct 20, 2011 in Actualité | Commentaires fermés sur Ile Seguin : Rejet des recours, l’argument fallacieux de la densification

Nous avons publié la semaine dernière la mise au point concernant la soi-disant découverte par le Maire de Boulogne Billancourt de l’état des finances de la Ville. Cette publication a suscité de nombreuses réactions. On nous prie ainsi de rappeler que M. Baguet, outre le fait qu’il était administrateur de la SAEM,  a également en tant que conseiller municipal voté toutes les décisions concernant les finances de la Ville. Ce premier argument expliquant le reniement de ses promesses est donc totalement irrecevable.

Nous poursuivons avec le second argument mis en avant par la Maire de Boulogne-Billancourt pour expliquer la trahison de ses promesses. Lui qui en 2008 s’élevait contre le bétonnage de l’Ile Seguin, et nous promettait d’y réduire les droits à construire a 110 000m2, a soudainement découvert les mérites de la « densification » . En la matière, ce chemin de Damas a été violent, puisqu’il prétend multiplier la densité par 3, soit 310 000 m2, la même densité pour cette malheureuse ile qu’à la Défense, avec les difficultés d’accès en plus et les berges transformées en boulevard circulaire !

 

Laissons un urbaniste lui répondre :

Michel Cantal-Dupart est architecte, urbaniste et professeur titulaire de la chaire d’urbanisme et environnement au CNAM.

Nous publions un extrait de son entretien avec André Gattolin, sénateur des Hauts-de-Seine (EELV)

AG : on a pris conscience que les tours sont des édifices coûteux et souvent peu respectueux du tissu urbain.
Elles produisent des déplacements et une mobilité quotidienne qui nécessitent des infrastructures très lourdes, notamment en termes de transports publics ou individuels.
On passe de quartiers suractifs et encombrés en journée à des espaces vides et sans vie à la tombée de la nuit. (…)

MCD : Le prétexte souvent invoqué pour justifier la construction de tours, c’est celui d’une prétendue nécessité de densification de l’espace urbain.
On accompagne ce discours d’un soi-disant argument écologique qui voudrait qu’en densifiant la ville, on lutterait contre l’étalement urbain, notamment en région parisienne.
C’est idiot. Car, d’une part, Paris et son agglomération figurent déjà parmi les villes les plus denses au monde en termes de densité de population. Paris intramuros a déjà une densité en habitants supérieure à celle de Manhattan !
Dans certains quartiers, celle-ci est même supérieure à celle que l’on rencontre dans le centre de Tokyo !
A Paris et en région parisienne, ce qui fait cruellement défaut, ce sont les espaces verts. La comparaison avec les grandes villes européennes ou nord-américaines est frappante à ce sujet.
L’autre argument fallacieux, c’est que cette forme de densification que les tours sont censées représenter n’est pas du tout écologique en termes de déplacements. En région parisienne, les tours sont surtout à l’Ouest, dans les Hauts-de-Seine, alors qu’une grande partie des gens qui y travaillent vient de l’Est…

Lire ici la totalité de l’entretien :

http://www.andregattolin.net/spip.php?article23

Read More

La justice paralyse le projet des tours Hermitage

Posted by on Oct 18, 2011 in Actualité | Commentaires fermés sur La justice paralyse le projet des tours Hermitage

Les deux tours jumelles dessinées par l’architecte Norman Foster, projet du promoteur Hermitage, devraient être érigées à la Défense.

DR

La justice paralyse le projet des tours Hermitage

Le promoteur russe est confronté à l’opposition des habitants du quartier des Damiers, à la Défense

Vladimir Poutine, le premier ministre russe, l’a promis, à Saint-Pétersbourg, en juin 2010, en présence du président Nicolas Sarkozy : il viendra en personne poser la première pierre du chantier des tours jumelles que se propose d’édifier, dans le quartier de la Défense (Hauts-de-Seine), le promoteur russe Hermitage. Mais le calendrier initial, qui prévoyait le démarrage des travaux à l’été 2011, a déjà pris du retard et il risque d’être à nouveau modifié : le tribunal de grande instance de Nanterre, saisi par deux copropriétés riveraines, vient, dans un jugement du 13 octobre, d’interdire la démolition des immeubles dont les tours doivent prendre la place.

C’est une victoire, en tout cas un répit, pour tous ceux qui sont opposés au projet, riverains mais aussi locataires obligés de déménager. Les tours Hermitage Plaza seront en effet érigées à la place de trois immeubles de logements sociaux dans le quartier des Damiers, construit entre 1976 et 1978, en bordure de Seine, côté Courbevoie, face à Neuilly.

Leur architecte, Michel Folliasson, mort en juillet, n’a jamais été mis au courant du projet d’Hermitage. Ni ses héritiers. Cet ensemble comporte en fait un hôtel, des bureaux, des commerces et cinq immeubles d’habitation tous imbriqués. Il est doté d’équipements communs (chaufferie, monte-charge, parkings, PC de sécurité) dont la gestion est confiée à une association syndicale libre.

Les plaignants ont fait valoir les statuts de cette association, qui requièrent, avant toute transformation et, a fortiori, démolition, leur avis unanime. Les juges ont décidé d’interdire, avec effet immédiat, toute démolition d’ici à l’obtention de cette unanimité, sous peine d’une amende de 500 000 euros par infraction constatée.

 » Le quartier des Damiers est vétuste, obsolète, inaccessible, par exemple, aux handicapés « , argumente Emin Iskenderov, président d’Hermitage, filiale française du promoteur moscovite Nazvanie (ex-Mirax).  » Je ne comprends pas, ajoute-t-il, les réticences de la France à ce projet, deux élégantes tours d’habitations, avec un hôtel et un centre commercial, de 316 mètres, dessinées par un architecte de renom, Norman Foster. Cela va créer 3 000 emplois directs et un parc public de 1 hectare au-dessus d’une route très fréquentée, le long de la Seine, ce qui modernisera et valorisera tout le quartier. « 

L’Etablissement public d’aménagement de la Défense Seine Arche (Epadesa) soutient l’opération, arguant, par le biais de Dominique Boré, sa directrice de la communication, qu’il s’agit d’une tour mixte, mêlant bureaux, logements de prestige et galerie d’art, dans un quartier qui a besoin d’être rénové. Le préfet lui-même fait tout pour accélérer les formalités administratives.

 » Les immeubles des Damiers, à l’architecture certes datée, sont cependant très agréables à vivre avec leurs grands balcons et terrasses en escalier, leurs surfaces généreuses d’au moins 70 mètres carrés et deux salles de bains pour un trois-pièces, par exemple, plaide Aline Detry, copropriétaire et membre du conseil syndical de l’immeuble Dauphiné.Ils méritent un sérieux ravalement que nous n’engagerons qu’après la construction des tours. « 

 » Dès 2009, nous avons alerté le promoteur sur les difficultés rencontrées avec son projet, notamment le risque d’une vertigineuse hausse de nos charges de chauffage et de surveillance, rappelle Thomas Gicquel, membre du conseil syndical de l’immeuble Champagne. Nos discussions avec M. Iskenderov, interlocuteur plutôt fantasque, dont le dossier repose sur une étude d’impact mal ficelée, ont vite été bloquées. « 

Les élus socialistes locaux sont, eux aussi, opposés au projet Hermitage. Ils contestent la disparition de 230 logements, dont 170 sociaux – dans une zone, la Défense, où ils ne sont déjà pas légion – et leur remplacement par des appartements de luxe, vendus au prix moyen de 12 000 euros le mètre carré (jusqu’à 15 000 euros pour les mieux situés).  » Le périmètre de la Défense est une opération d’intérêt national et je me réjouis que le verdict du tribunal de Nanterre mette un terme à la stratégie de passage en force d’un projet qui n’est pas, lui, d’intérêt national « , commente Jean-André Lasserre, conseiller municipal (PS) d’opposition de Courbevoie et conseiller régional d’Ile-de-France.

C’est la société Logis-Transports, filiale logement de la RATP propriétaire des trois immeubles voués à la démolition, qui a, en décembre 2007, consenti une promesse de vente à Hermitage de ses 230 logements locatifs, pour 50 millions d’euros. Elle a ainsi réalisé une belle plus-value pour cet ensemble acheté à Axa 19,8 millions d’euros, en 2001.

La vente ne sera cependant effective qu’après le relogement de tous les habitants, Hermitage s’engageant à payer les loyers des logements vides d’ici là. L’immeuble, relevant du régime social, est aujourd’hui vide et muré, tous ses locataires indemnisés (environ 20 000 euros chacun) et relogés dans un bâtiment très proche.  » Ils y sont mieux, dans des appartements plus grands et confortables « , assure M. Iskenderov. Une seule locataire résiste encore dans cet immeuble, appelé Infra, déserté.  » Elle n’a pas droit à un logement social car elle vit ailleurs « ,prétend M. Iskenderov, agacé.

Les autres locataires, non sociaux, des bâtiments dénommés Bretagne et Anjou sont en cours de relogement. Leur association, Vivre à la Défense, qui a, en première instance, échoué à faire annuler la vente de leur immeuble, se voit réclamer, par Hermitage, 8 millions d’euros de dommages et intérêts pour procédure abusive ayant retardé et renchéri son projet.  » C’est de l’intimidation pour décourager toute autre tentative de recours « , estime Claire Augier, sa secrétaire générale.

Le financement déjà complexe du projet Hermitage, qui s’élève à 2 milliards d’euros, ne va pas se simplifier avec la décision du tribunal de Nanterre. M. Iskenderov assure avoir investi 200 millions d’euros en fonds propres et obtenu le crédit de deux grandes banques russes, Sberbank et VTB, pour 700 millions d’euros. A une condition toutefois : obtenir un permis de construire purgé de tout recours.

Désormais, le temps presse pour un projet pourtant choyé par M. Sarkozy, toujours intéressé par ce qui se passe à la Défense.

Isabelle Rey-Lefebvre

Chronologie d’une société russe en difficulté

1994 Arthur Kirilenko et Sergueï Polonsky créent à Saint-Pétersbourg la société de construction Stroymontage. Cette dernière travaille pour la municipalité, qui, souvent à court d’argent, rémunère la société en immeubles.

 

2000 Stroymontage crée une filiale à Moscou qui, en 2002, devient Mirax, une société de promotion, à l’origine du lancement des deux tours de la Fédération dans le nouveau quartier d’affaires Moscow City.2007

Les deux associés saint-pétersbourgeois se séparent. Mirax devient la propriété de M. Polonsky, qui crée une filiale française, Hermitage, dirigée par Emin Iskenderov.

2009 La crise a raison du chantier de la deuxième tour de la Fédération et Mirax, au bord de la faillite, négocie sa survie avec ses créanciers et change de nom pour, en 2010, devenir Nazvanie. Le chantier de la tour de la Fédération, la plus haute tour de Moscou à 506 mètres, redémarre mi-2011.

Read More
%d blogueurs aiment cette page :
http://pv8.us