Ile Seguin : Bravo au Pavillon, lieu de mémoire, non au Pavillon, lieu de propagande.

Un pan de l’histoire industrielle de la France

Un pan de l’histoire industrielle de la France

Le 10 septembre 2012, Pierre-Christophe Baguet, Maire de Boulogne-Billancourt,  inaugurait sur l’Ile Seguin le Pavillon sur l’Ile Seguin, lieu dédié à « l’histoire et l’avenir » de ce lieu emblématique.

Les Boulonnais et les riverains allaient enfin découvrir l’usage de ces containers colorés qui occupaient l’Ile depuis plusieurs mois…

Pour la partie avenir, malgré la présence d’une imposante maquette, et les habituels superlatifs « innovant », « extraordinaire »,  aucune révélation n’est apparue sur le nouveau projet que le Maire a commandé à Jean Nouvel. Prudent, le maire conserve une totale opacité sur le sujet. Une seule chose certaine : il n’a pas renoncé à son projet de bétonnage.

Pour la partie histoire, notre Association se félicite que soit rappelées sur le site la mémoire des dizaines de milliers de personnes qui y travaillèrent. Nous avons rencontré à ce propos Emmanuelle Dupuy, membre d’ATRIS, l’Association des Travailleurs de Renault Billancourt et de l’Ile Seguin, qui nous exprime son point de vue :

Sauvons l’Ile Seguin : Voici 20 ans, en 1992,  que la dernière voiture sortait des chaines de montages de l’Ile Seguin. Comment expliquer que, 20 ans après, une association réunisse encore les personnes qui y ont travaillé ?

Emmanuelle Dupuy :  A l’origine, il s’agissait surtout pour les anciens de Billancourt, qui allaient se trouver dispersés les uns sur d’autres sites, les autres à la retraite ou licenciés, de sauvegarder  les liens amicaux qu’ils entretenaient entre eux, de façon informelle et conviviale. C’est en 1998 que l’association est née officiellement, et que se sont ajoutés des objectifs de solidarité, et enfin de mémoire.

 

Sauvons l’Ile Seguin : A quoi correspond cet objectif de préservation de la mémoire ?

E.D. : Renault Billancourt et l’Ile Seguin font partie du patrimoine industriel et social de la France, et partant, de son histoire tout court. Ce site a connu toute l’évolution industrielle de notre pays, de la création du travail à la chaine et la taylorisation jusqu’aux premières robotisations. Sur plus d’un siècle, il a accueilli des centaines de milliers de travailleurs  et a été le symbole de toutes les luttes sociales de notre pays. Au début des années 2000, quand nous avons pris conscience que les bâtiments allaient être rasés, nous avons perçu l’intense nécessité de préserver la mémoire à travers la création d’un lieu qui la maintienne vivante sur le site.

Sauvons l’Ile Seguin : s’agissant des luttes sociales, on a pu parler de Forteresse Ouvrière…

E.D. : Je n’ai jamais aimé ce terme. Nous ne nous sommes jamais perçus comme une forteresse, mais plutôt comme un lieu ouvert où se trouvait réunies  une cinquantaine de nationalités différentes qui ont pu s’y côtoyer et partager la  richesse de leurs cultures ! Les événements non seulement en France mais dans le monde entier avaient une résonnance dans l’entreprise.

 

Sauvons l’Ile Seguin : que pensez- vous du pavillon inauguré aujourd’hui ?

E.D : ce n’est pas ce que nous avions imaginé et rêvé mais c’est une bonne chose qu’il existe. On nous a fait des promesses, jusqu’à 1000 m2 sur le Trapèze et, aujourd’hui, c’est « Le Pavillon de l’Ile Seguin » qui est inauguré,  pas un lieu de Mémoire de Renault-Billancourt . Dans le cadre de la SAEM, plusieurs associations regroupant des anciens salariés de Renault-Billancourt  l’ATRIS, l’AMETIS et la Société d’Histoire du Groupe  Renault  y ont contribué. Le pavillon n’est que provisoire, nous resterons mobilisés pour qu’il devienne pérenne.

Sauvons l’ile Seguin : l’aménagement futur de l’Ile fait l’objet d’un vif débat entre les habitants, les associations qui les représentent et la ville de Boulogne-Billancourt. Ne craignez-vous pas d’être « récupérés » et de servir d’alibi à la communication de la Mairie qui utilise le capital de sympathie que vous représentez ?

E.D Beaucoup d’entre nous n’habitent pas ou plus à Boulogne. Il est donc pour nous délicat de se prononcer. J’ai conscience par ailleurs de ce risque de récupération, qui est d’ailleurs double. La mairie, parce qu’elle pourrait s’en servir pour sa communication avec d’autres buts, mais aussi l’entreprise Renault qui pourrait être tentée d’utiliser la dimension affective et émotionnelle de la Mémoire pour son image de marque. Nous resterons vigilants pour éviter que ce projet d’un lieu de Mémoire ne soit pas détourné.

 

L’avis des riverains de l’Ile Seguin :

Bravo à la création d’un lieu de mémoire sur l’Ile Seguin, et à la mobilisation de toutes les parties prenantes pour la richesse des informations et la scénographie. Hélas, ce pavillon, comme le reste des aménagements de l’Ile (jardin, restaurant, cirque…) n’est que provisoire et devra céder la place au sinistre projet de bétonnage et aux tours prévus par la Mairie. Le Pavillon, en tant qu’outil de propagande de la Mairie, qui dépense des millions d’euros en communication au service de son projet de destruction du site, est condamnable. Quid de la transformation du pavillon en véritable outil démocratique où les habitants, les riverains et les associations pourraient enfin porter une vision alternative au projet de bétonnage, pour un vrai débat utile aux citoyens ? Après tout, en tant que contribuables, ce sont eux qui payent !

Liens utiles :

Ile Seguin, pavillon, jardin, restaurant, centre d’essai : profitez –en, tout doit être détruit !

http://www.sauvonslileseguin.com/ile-seguin-depechez-vous-d%E2%80%99en-profiter%E2%80%A6-tout-sera-detruit/

 

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