Ile Seguin : le Maire et le Starchitecte

A Boulogne-Billancourt, le patron c’est Jean Nouvel

Le starchitecte Jean Nouvel, dans le Figaro du 21 Octobre 2013

Le starchitecte Jean Nouvel, dans le Figaro du 21 Octobre 2013

Mais quelle mouche a piqué Pierre-Christophe Baguet, maire de Boulogne-Billancourt ?

En 2008, quand il est élu, l’homme hérite d’une Ile Seguin enfin apaisée. Elle est dotée d’un Plan Local d’Urbanisme (PLU) purgé de tout recours. Bien plus, les premiers permis de construire sont accordés. L’Ile est prête à construire et à sortir de son état de friche.

Cependant, Pierre Christophe Baguet a promis une évolution radicale du projet par rapport à ses prédécesseurs dont il qualifie le projet de « bétonnage ». En lieu et place des 175 000m2 de droits à construire prévus, il a promis de réduire la densité de 30% et de ramener les droits à construire à 110 000m2. Aussi quand il dénonce les permis de construire accordés, tout le monde pense qu’il s’agit pour lui d’exécuter sa promesse.

C’est là que les citoyens de Boulogne se font duper. Dans des conditions d’opacité assez remarquables, Jean Nouvel a été nommé architecte coordinateur du projet de l’Ile Seguin. En juillet 2010, soit un an et demi seulement après l’élection de PCB, Jean Nouvel sort de sa poche un nouveau projet dont les chiffres sidèrent les habitants : 5 tours, 337 000m2 de droits à construire, soit trois fois les promesses du maire !

La colère des riverains et des habitants se fait immédiatement sentir. Le PLU révisé de l’Ile Seguin, voté le 16 juin 2011, est aussitôt attaqué. Ce PLU de 2011 vient d’être annulé par le tribunal administratif le 9 juillet 2013. Son adaptation à 255 000m2, avec une triple tour, fait elle aussi l’objet de recours. PCB vient de nouveau par ses provocations bétonnières de paralyser l’Ile Seguin !

Mais quelle mouche a piqué PCB pour ainsi, au mépris de toute morale, se renier complètement et trahir radicalement ses promesses ? D’après les proches du dossier, la vraie raison ne serait autre que la fascination qu’exerce sur le Maire le starchitecte Jean Nouvel. Éperdu,  fasciné, le Maire a confié les clés de l’Ile Seguin à une star. Le seul nom du grand homme est supposé clouer le bec à tous les opposants au projet qui dénoncent un bétonnage saugrenu sur un site d’exception.

Jean Nouvel, l’obsession de la tour à Paris

Ile Seguin La triple tour et la muraille de béton de Jean Nouvel. Capture d’écran de la video officielle

La triple tour et la muraille de béton de Jean Nouvel. Capture d’écran de la video officielle

Jean Nouvel a beau être riche, célèbre, couronné, le starchitecte a une blessure : il a échoué successivement dans deux projets de tours à la Défense qui n’ont pu trouver de financement, la Tour sans fin et la  tour Signal. C’est devenu une obsession, il lui faut sa tour à Paris. Quand il comprend la personnalité de PCB, et la malléabilité de l’intéressé, le starchitecte parvient à lui vendre non pas une tour, mais bien cinq d’un coup !

Hélas pour Nouvel le maire de Boulogne-Billancourt recule devant la colère de ses administrés et lui demande de supprimer des tours de son projet. Nouvel accepte de mauvaise grâce et revient avec une tour seulement, mais quelle tour ! Une triple tour, massive, surmontant une muraille de béton. A 146 m de hauteur NGF, le colosse écrase de sa masse l’Ile Seguin et les coteaux de Meudon, qui culminent à 89m. Le starchitecte s’est déjà octroyé des morceaux de choix dans le programme de réhabilitation des terrains Renault. Outre la coordination générale du projet, qui lui a déjà rapporté plus de 3 millions d’€ d’honoraires, le starchitecte a réalisé la tour Horizon dans le quartier du Trapèze, et emporté le Projet R4  qui annonce bien la préfiguration du mur de béton qui va courir tout le long de l’Ile, face à Boulogne-Billancourt.

Ile Seguin Un long mur de béton qui va courir toute la longueur de l’Ile face à Boulogne-Billancourt.

Un long mur de béton qui va courir toute la longueur de l’Ile face à Boulogne-Billancourt.

La fin des starchitectes ?

Au moment où Pierre-Christophe Baguet abandonne l’Ile à Jean Nouvel, le Figaro du 21 octobre 2013 sous le titre « La fin des starchichectes » épingle la gestion calamiteuse du chantier de la Philharmonie de Paris par le grand homme :

« Ambiance tendue sur le chantier de la future Philharmonie de Paris, porte de la Villette. Jean Nouvel ne décolère pas: comme d’habitude, il a eu des repentirs et a revu sa copie pour améliorer son projet de salle de concert. Mais cette fois, personne n’a voulu entendre ses propositions. Ni François Hollande  qui ne l’a pas reçu. Ni Aurélie Filipetti, ni Bertrand Delanoë. L’architecte star se heurte toujours à la même réponse: on ne rallonge plus.

C’en est fini de la pure beauté du geste: il faut tenir les budgets (passés en l’espèce de 110 à plus de 387 millions d’euros avec les travaux d’études) et les délais (repoussés de 2013 à 2015). Pour Nouvel, c’est un véritable coup de semonce. »

Citant l’Ile Seguin, le même article évoque la fâcheuse tendance qu’ont les émules de M. Baguet à convoquer une grande signature de l’architecture, censée clouer le bec au bon public des citoyens sommés de s’incliner béatement devant le génie.

« Les maires sont convaincus qu’un projet d’architecture réussi peut leur faire gagner une élection», indique ­François de Mazières, député maire de Versailles. «Au lieu de pratiquer l’acupuncture urbaine avec de multiples interventions qui tiennent compte de la réalité de leur tissu urbain, ils préfèrent convoquer une grande signature, convaincus qu’elle emportera les suffrages», ­reprend celui qui a porté la Cité de l’Architecture et le Grand Paris  sur les fonds baptismaux. Dans le projet de la ville de Lyon Confluence, dans celui de l’île Seguin à Boulogne, l’enjeu est politique, comme chaque fois qu’une ville refait un quartier ou même un bâtiment plus humble.

L’arme est à double tranchant. À Rouen, Pierre ­Albertini a été battu aux municipales en 2008 pour avoir commandé à Rudy Ricciotti une médiathèque à 44 millions d’euros, et à Jean-Paul Viguier un projet nommé «espace Monet cathédrale», qui suscitait la colère d’une immense majorité de la population rouennaise ».

La crise rattrape les starchitectes et leur impose d’être réalistes. Ce sera le cas avec le projet Nouvel/Baguet qui prétend bétonner l’Ile avec 112 000m2 de bureaux sur un marché déjà déprimé, et qui devra bien retrouver une forme plus équilibrée, humaine et respectueuse de son environnement.

« Peu à peu, la réalité rattrape l’architecture et ses prestigieux serviteurs. «La crise est une opportunité de remettre un peu de sobriété, de sens et de poésie», dit Éric Lapierre, architecte, professeur à Sciences Po et auteur de L’Architecture du réel (Le Moniteur). «Nous sommes face à une discipline de la durée qui doit traverser les millénaires. Or, on est train de la réduire à du marketing urbain, avec une surenchère dans le spectaculaire. »

L’Ile Seguin est notre bien commun, un site unique du Grand Paris. Elle ne sera pas le nouveau caprice du starchitecte qui veut la bétonner !

 

Liens utiles :

L’article complet du Figaro du 21 octobre 2013 : Jean Nouvel et la Philharmonie de Paris, la fin des starchitectes :

http://www.lefigaro.fr/culture/2013/10/21/03004-20131021ARTFIG00266-architecture-retour-sur-terre.php

Jean Nouvel, architecte à tout prix, Télérama mai 2012:

Jean Nouvel tour

http://www.telerama.fr/culture/jean-nouvel-architecte-a-tout-prix,81914.php

On assassine l’Ile Seguin, Libération, juin 2011 :

« On assiste ces jours-ci à un numéro d’illusionnisme assez spectaculaire autour de la malheureuse île Seguin de Boulogne-Billancourt. Le magicien s’appelle Jean Nouvel, il est architecte et doué pour vendre au chaland les projections de sa lanterne magique »…

http://www.liberation.fr/societe/2011/06/16/on-assassine-l-ile-seguin_742976

 

 

 

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