Ile Seguin : les tours ont du plomb dans l’aile

Le député-maire, Pierre-Christophe Baguet, pourrait abandonner son projet de tours sur l’île Seguin, craignant un revers aux prochaines législatives.

ROBERTO CRISTOFOLI | Publié le 17.11.2011

Vox populi, vox dei? Alors qu’une demi-douzaine d’associations de défense de l’environnement s’apprêtent à déposer des recours contentieux devant le tribunal administratif de Cergy (Val-d’Oise) contre la révision partielle du plan d’occupation des sols (POS) de l’île Seguin qui permet la construction de 310000 m2 dont cinq tours de 100 m de haut, le député-maire de Boulogne-Billancourt, Pierre-Christophe Baguet, serait sur le point d’enclencher la marche arrière sur le sujet.

Le dernier épisode en date pourrait être un sondage commandé par ses soins à l’institut Ipsos.

Un sondage qui questionne notamment les Boulonnais sur les tours de l’île Seguin, sa propre image de marque dans la ville et celle de ses deux opposants majeurs : le vice-président du conseil général, Thierry Solère, également ex-premier adjoint démissionnaire pour cause de tours sur l’île Seguin, qui demande le retrait du projet, et l’ex-maire Pierre-Mathieu Duhamel. Tous les deux ont présenté une pétition de 6000 signatures contre les tours. Si le sondage avait été favorable à Pierre-Christophe baguet, nul doute qu’il l’aurait publié. Ce n’est pas le cas.

Les différents recours devraient mettre un an à être traités

Autre inquiétude de taille, les recours qui ne manqueront pas d’être déposés avant le 7 décembre et qui devraient mettre une année à être traités par la justice administrative. Pendant ce temps, aucun investisseur ne risquera le moindre centime sur l’île Seguin, de peur de vents judiciaires contraires. Si Pierre-Christophe Baguet renonce prochainement aux tours que l’architecte Jean Nouvel baptise pudiquement « châteaux » sur l’île Seguin, c’est de peur de perdre la prochaine élection législative. Dernièrement, à un de ses proches qui continuait de penser beaucoup de bien des tours Nouvel, il aurait laché : « Toi, tu peux les trouver bien, tu n’as pas des législatives dans six mois. »

A propos de lachâge, son voisin et mentor en politique André Santini, député-maire Nouveau Centre d’Issy-les-Moulineaux, dont il a été le proche collaborateur, n’a pas été tendre avec son ancien élève hier matin. Publiquement, l’ex-ministre a confié que « les tours de l’île Seguin ont du plomb dans l’aile ». Ce qui l’arrange bien, lui qui a en projet trois tours en entrée de ville d’Issy-les-Moulineaux sur l’emplacement jadis occupé par le journal « l’Equipe ». Et comme le marché de l’immobilier de bureau n’est pas extensible, tous ne trouveront pas preneur.

Construire des tours à Boulogne-Billancourt est une idée ancienne de Pierre-Christophe Baguet. Et pas seulement sur l’île Seguin. Président du groupe Hermitage qui pilote la construction de deux tours de 300 m de haut à La Défense, Emin Iskenderov se souvient avoir travaillé sur une hypothèse boulonnaise fin 2009 : « La France a eu l’intelligence de créer le quartier d’affaires de La Défense, c’est là que les tours doivent se construire, pas sur un site magnifique comme l’île Seguin qui a vocation à être une île de la Jatte bis en plus animé, un endroit qui se fréquente pour ce qu’il est. Une tour ne doit pas se faire n’importe où, considère le promoteur immobilier. La tour Montparnasse n’a pas sa place à Paris. Sur les oreilles de Mickey (NDLR : l’espace constitué de la gare routière et de l’échangeur avec les voies sur berges, communément désigné de la sorte par les Boulonnais pour sa forme) à Boulogne, on voyait bien que ça ne fonctionnait pas. Nous avons une responsabilité dans ce que nous laisserons à nos enfants et à nos petits-enfants. »

Contacté, le député-maire de Boulogne-Billancourt n’a pas donné suite. Quant à Jean Nouvel, il était injoignable hier.

 

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