Ile Seguin : pas de Cartier, encore plus de Nouvel

Natural Le Coultre accroit son emprise sur l’Ile Seguin

Ile Seguin maquette R4

Ile Seguin maquette R4

Le grand illusionniste de Boulogne-Billancourt, Pierre- Christophe Baguet, l’avait juré et répété, il allait faire oublier le musée Pinault, enfui à Venise, par un projet de prestige égal. Ce serait la Fondation Cartier, qui était « très sérieusement intéressée ». Hélas, cette promesse, comme tant d’autres, est tombée dans l’eau de la Seine… A l’eau, comme tant d’autres promesses de M. Baguet, à commencer par sa fameuse « Ile verte et bleue » dédensifiée à 110 000m2, promesse sur laquelle il s’est fait élire en 2008.

Adieu Cartier, donc,  que faire à la place ?

Encore plus de Nouvel !

 En même temps qu’il annonçait le 24 juillet 2013 avoir signé le permis de construire du Pôle Culturel R4, M. Baguet révélait avoir signé une promesse de vente  pour 4800 m² supplémentaires de terrain à M. Bouvier, citoyen suisse,  et sa société, Natural-le-Coultre, propriétaire de R4. Ces 4800 m² seront aménagés par.. . Jean Nouvel !

Déjà propriétaire de 8000 m² de notre belle île, sur lesquels il aménagerait R4, M. Bouvier se retrouvera donc propriétaire de 12 800 m² de terrain, soit 1, 28 ha.

Sur les 11,5 hectares de l’île qu’elle a racheté à Renault, la ville de Boulogne-Billancourt n’est plus propriétaire que de 9 hectares. En effet, elle a cédé pour un euro la pointe aval au Conseil Général des Hauts-de-Seine pour que celui-ci puisse y construire la Cité Musicale.

La ville vend donc près de 15% de son patrimoine foncier disponible à un seul investisseur privé, avec un seul architecte : Jean Nouvel.

 Ceci nous amène à poser 5 questions en espérant  avoir des réponses claires pour dissiper les mystères de R4.

Les mystères de R4

 1)      A quel prix se sont faites ces transactions ?

On sait que le Maire est aux abois. Par sa seule faute, il a paralysé un projet qui, sans lui, serait déjà terminé. Rappelons qu’en 2008 quand il a été élu, il héritait d’un Plan Local d’Urbanisme (PLU) qui avait fait l’objet d’une large concertation et qui était purgé de tout recours. Hélas, en trahissant ses promesses et en sortant de son chapeau son absurde projet de bétonnage, il a tout paralysé, et fait perdre au minimum 5 ans à l’Ile Seguin.

Certes, le Conseil Général, dont la Cité Musicale était déjà prévue par l’ancien PLU à fait avancer son projet. Elle devrait ouvrir en 2016.

Mais du côté mairie, rien, et  les élections municipales de 2014 approchent. Il lui faut donc à tout prix annoncer qu’il se passe quelque chose sur l’Ile.

En grandes pompes est donc annoncé le premier permis de construire : le projet R4.

À quel prix se sont faites les cessions successives des 8000 m² et 4800 m² vendus à Natural Le Coultre ? Certains disent que les conditions seraient TRÈS favorables. Assez favorables pour entraîner deux acquisitions et un dépôt de permis de construire rapides. Le conseil municipal de Boulogne-Billancourt doit exiger la transparence sur cette transaction, et vérifier ses conditions par rapport au marché et au reste du programme prévu sur l’Ile.

 2) Que fait sur l’île cette société spécialisée dans le transport et les ports francs ?

Le maire se targue d’un grand projet culturel bénéficiant à tous. Il s’agit pourtant d’une opération 100% privée provenant d’une société qui n’est pas réputée pour sa  philanthropie. Quelle est en effet l’origine de la prospérité de la société Natural Le Coultre ? Il ne s’agit en rien d’un opérateur de lieux de cultures, comme des musées privés ou expositions. Il s’agit d’une société spécialisée dans le transport d’œuvres d’art et qui s’est ensuite étendue à la création de ports francs, c’est à dire de lieux où les œuvres d’art peuvent être stockées, sous douane, et entrer et ressortir sans acquitter de taxes. Une belle niche fiscale destinée à une clientèle internationale très haut de gamme désireuse d’acheter dans des conditions optimisées. La société Natural Le Coultre a fondé sa prospérité sur le plus grand port franc du monde, situé à Genève, et développé depuis 2008 celui de Singapour. Un autre port franc est en cours de construction à Luxembourg.

« le « freeport » est un lieu privilégié pour présenter à nos clients des œuvres d’art dans les meilleures conditions, en toute confidentialité et hors douane ». « Fondateur de la foire Art Stage, Rudoph Lorenzo pose la question : « Où se situe le marché de l’art dans le monde ? » Et y répond : « Là où il n’y a pas de taxes, ou des taxes faibles. » La maison de vente Christie’s ne s’y est pas trompée : afin d’offrir ce service à ses clients, elle loue un étage entier du « freeport » de Singapour, à son propriétaire et gestionnaire, la société Natural Le Coultre, déjà opérateur du port franc de Genève, le plus grand du monde avec ses 50.000 mètres carrés et son million d’objets d’art stockés, dont certains valent plusieurs millions d’euros » Les Echos, 29 janvier 2013.

 3) Intérêt Général ou Intérêt très privé ?

 Les deux « éléments de langage  » qui reviennent en boucle dans le torrent de communication de la mairie pour justifier le bétonnage de l’Ile Seguin sont « Culture » et « Intérêt général » au nom desquels on sacrifierait sans état d’âme notre environnement et notre cadre de vie.

Sur l’Ile Seguin, la Société Natural le Coultre va exercer son cœur de métier : l’entreposage d’œuvres d’art d’exception avec comme clientèle les grandes institutions organisatrices d’expositions et les très riches particuliers du monde entier. Ces réserves seront-elles visitables ? Certainement pas pour les entrepôts qui abriteront les plus belles œuvres. Ces lieux sont en effet sécurisés à l’extrême. Voici l’exemple des conditions de sécurité du port franc de Natural Le Coultre à Singapour :

« Aucun musée au monde n’est équipé et sécurisé de manière aussi renforcée, à en croire le maître de maison. Toute pièce déposée ici est scannée, inventoriée. « C’est bien le dernier endroit où venir cacher un tableau volé, car il serait immédiatement retrouvé », commente Yves Bouvier. Et les visiteurs ne sont jamais autorisés à se rendre dans les zones de stockage emplies de chefs-d’œuvre » Les Echos du 29 janvier 2013.

Autour de son entrepôt R4 de l’Ile Seguin, M. Bouvier entend cependant développer un projet ambitieux : une activité économique périphérique dénommée « micro-ville artistique ». A savoir attirer galeries d’art, métiers d’art, salles de ventes, restaurants, commerces. Bref développer un business culturel et de loisirs dont il sera le promoteur, en louant à des activités artistiques les locaux dont il deviendrait propriétaire.

Pour le nouveau lot de 4800 m2 qu’il vient d’acquérir, le but de M. Bouvier est encore plus prosaïque. Y construire un hôtel.

Nous n’avons rien contre le développement d’une entreprise de promotion d’un « business artistique » sur l’Ile Seguin. On est pourtant très loin des mécènes Pinault ou Cartier créant un musée ouvert au grand public pour y exposer leurs collections et y organiser des expositions de prestige, ce qui aurait fait de l’Ile Seguin un lieu de destination exceptionnel.
M. Bouvier est un investisseur avisé, qui veut réaliser une belle opération immobilière. Nous lui faisons confiance compte tenu de ses succès à Genève, Singapour et bientôt Luxembourg, pour avoir réuni les conditions d’une nouvelle bonne affaire sur l’Ile Seguin, R4 et hôtel réunis. Nous attendons avec curiosité si il réussira à faire de son entrepôt de l’Ile Seguin un port franc à l’instar de ceux qu’il opère en Suisse et Singapour.

 

4) Un permis de construire au sein d’un PLU annulé et qui va être frappé de nouveaux recours.

R4 est l’alibi culturel du maire de Boulogne. Cependant dans sa hâte de signer quelque chose de concret  après avoir paralysé l’ile par ses manœuvres absurdes, le Maire néglige un facteur important : son PLU de 2011 a été annulé par le tribunal administratif, et le vote du 16 juillet 2013 adoptant une adaptation du-dit PLU va être de nouveau frappé de recours. Contrairement à la Cité Musicale du Conseil Général, qui était déjà prévue dans le PLU de 2008, R4 est lié à l’adoption du PLU de 2011, adapté en 2013. Il y a donc une insécurité juridique sur ce projet.

5) Nouvel, toujours Nouvel

Pour conduire son projet R4, M. Bouvier a fait appel à sa compatriote suisse Nelly Wenger. Cette dernière est très liée à Jean Nouvel, avec qui elle a déjà commis quelques réalisations qui ont fait polémique en Suisse (voir nos liens ci-dessous).
Nouvel, déjà coordinateur général du projet de l’Ile Seguin, auteur de la Tour Horizon sur la rive, emporte ainsi la réalisation complète du projet R4 et de l’Hotel. Il nous propose en toute logique un projet très bétonné pour R4 (notre photo)…  On attend avec intérêt son hôtel.

M. Nouvel fait chaque jour de plus en plus main basse sur l’Ile Seguin, en coordonne le bétonnage et le réalise lui-même de plus en plus.  R4 ne peut en aucun cas servir « d’alibi culturel » au bétonnage généralisé de l’Ile.

 Liens utiles :

Les Echos du 29 janvier 2013 : les ports francs pour œuvres d’art, un créneau en plein essor

http://www.lesechos.fr/29/01/2013/LesEchos/21364-093-ECH_les-ports-francs-pour-oeuvres-d-art–un-creneau-en-plein-essor.htm?texte=natural-le-coultre

http://www.lesechos.fr/29/01/2013/LesEchos/21364-095-ECH_des-coffres-forts-exceptionnels.htm?texte=natural-le-coultre

Le Monde du 29 janvier 2013 : Singapour et Genève, le business des ports francs

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/01/29/a-singapour-et-a-geneve-le-business-des-ports-francs_1823968_3246.html

Les liens entre Jean Nouvel et Nelly Wenger

http://www.sauvonslileseguin.com/ile-seguin-jean-nouvel-vrai-patron-de-la-culture-a-boulogne-billancourt/

 La préfiguration du projet R4

http://www.sauvonslileseguin.com/ile-seguin-le-lancement-du-pole-d%E2%80%99art-contemporain-r4-comme-si-vous-y-etiez/

 

 

 

 

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