L’île Seguin va revoir sa copie

En guerre contre les tours, les riverains organisent ce soir une réunion publique.Alors que le maire de Boulogneet l’architecte Jean Nouvel réfléchissent déjà à des ajustements.

AMENAGEMENTG20 à Cannes, G8 à Boulogne. L’île Seguin valait bien une réunion au sommet. C’est en tout cas ce qu’ont visiblement estimé huit as sociations de riverains. Ce soir à 19h 30, elles organisent une rencon tre avec les habitants à l’amphithé â être Landowski, autour de l’aménage ment de l’ancien site des usines Renault. Un terrain de 11,5 hectares toujours désespérément vide, d’où émergent seulement un restaurant et un cirque éphémères. Certes, un nouveau pont et deux parkings ont bien vu le jour. Mais pour le reste, la physionomie future du site, telle que l’a imaginée l’architecte Jean Nouvel,demeure très incertaine.Petit résumé des épisodes précédents. Le 16 juin dernier, un an après la présentation du projet de l’archi tecte star, mêlant galeries d’arts, jar dins, multiplexe de cinéma et cinq tours de bureaux et d’hôtels, le conseil municipal approuve la révision du plan local d’urbanisme (PLU) permettant le réaménagement. Les 175000m jusqu’alors constructibles se transforment en 337 000 m2. Soit le double de ce qui avait été initiale ment décidé par l’ancien maire JeanPierre Fourcade (UMP). Colère des associations et de certains voisins, qui présentent, dans la foulée, un recours gracieux en vue de revoir à la baisse les aménagements prévus. «Fin octobre, le député maire PierreChristophe Baguet (UMP) nous a écrit pour nous expliquer que c’était inenvisageable,se désole Jean-Louis TourHère, président de l’association Boulogne Environnement. Or,au moment des élections municipales de 2008, il s’était pourtant engagé à dédensifier l’ile en limitant sa construction à 110 000 m . En réalité, les droits à construire ont triplé ! »Réponse de l’intéressé : « J’ai quand même tenu compte de certaines objections et abaissé la constructibilité à 310 000 m . De toute façon, l’ileSeguin a déjà coûté à la Villeplus de 132 millions d’euros, dont 43 millions pour l’acquérir. Or, toutes ces dépenses rendent désormais impossible une dé- densification des lieux. On ne peut pas créer 4,5 hectares d’espaces verts, soit plus d’un tiers de Vile, ni vouloir une concentration unique en Europe de 140 000 m d’activités culturelles, sans édifier à côté des bureaux. C’est une question d’équilibre financier. » «En clair, on fait des tours de bu reaux pour se payer de la culture, résume Jean-Louis Tourlière. Bien sûr que la proposition de Jean Nouvel est somptueuse, mais compte tenu du contexte économique, elle s’avère peu réaliste. Le projet global demanderait à être revu, au moins à la marge. » Un message que semble entendre Pierre-Christophe Baguet, malgré son rejet du recours gracieux. «Je ne suis pas obtus et Jean Nouvel non plus, affirme-t-il. Les Boulonnais sont très impa tients de voir enfin les choses avancer sur Vile.Ils se disent également très fiers de sa vocation culturelle. La Fondation Cartier, une Cité du cirque dirigée par Madona Bouglione, un pôle d’art contemporain, un centre international

des médias et du cinéma proposé par un investisseur américain en partenariat avec l’acteur Robert De Niro, un multiplexe Pathé de 16 salles et 3 200 places, une Cité de la musique, tout cela leur convient. Mais lorsque les tours surgis sent, c’est là que le bât blesse. Dans l’inconscient collectif,elles renvoient à l’ha bitat dégradé de banlieue. Même ci celles de Jean Nouvel sont très effilées, haute pour l’une de 120 m et pour les autres de 100 m, ni plus ni moins que les tours du pont de Sèvres,il faut entendre les réticences. » Le maire se dit donc prêt à trouver des alternatives et confie qu’il travaille déjà avec Jean Nouvel à diffé rentes solutions. « Je n’ai pas été convié à la réunion d’information organisée ce soir, mais j’attends aussi avec impatience les propositions qui en émaneront. » À l’issue de la rencontre,les huit associations auront jusqu’au 15 décem bre pour décider de transformer ou non le recours gracieux en recours contentieux auprès du tribunal administratif. Le temps que l’institution se saisisse du dossier et rende son jugement,il pourrait encore s’écouler… deux ans. De quoi décourager les actuels investisseurs ?

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